Témoignages

Témoignage de Marie Aline Blanchard

Née à La Villedieu le 8 décembre 1921 et décédée à Besançon le 6 mars 2020, Marie Aline Blanchard était la dernière personne née dans ce village. En 2016, elle raconte :

« J’avais 3 ans quand il a fallu quitter La Villedieu. J’ai donc très peu de souvenirs. Nous étions une famille de 6 enfants. Nous étions propriétaires d’une ferme et nous sommes partis à Saules. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça voulait dire à l’époque : trois générations pour acquérir des biens et d’un seul coup, repartir à zéro comme de simples fermiers …! 
Nous avons été littéralement spoliés par l’Etat qui n’a jamais reconnu ses erreurs. Vous vous rendez compte, exproprier des gens dans ces conditions-là, et ce, juste après la première guerre mondiale, quand tout le monde était prêt à donner sa vie pour la patrie. Quels remerciements ! »


Témoignage de Henri Blanchard

Né à La Villedieu le 18 mars 1915 et décédé à Saône le 27 août 2013, il ne ratait pas le rendez-vous annuel. En 1996, Henri retrace sa vie et évoque quelques souvenirs personnels et les sentiments que cela lui inspire : 

« Je suis né le 18 mars 1915, mon père était François Blanchard et ma mère Marie Viennet, tous deux originaires de La Villedieu. Je suis le 3ème d’une famille de 8 enfants : Paul, Marie-Louise épouse Bobillier décédée, moi-même Henri célibataire, Jean décédé, Germaine épouse Marguet, Jeanne décédée à 2 ans à Bouclans, Denise épouse Chavel.
Comme la plupart des habitants de La Villedieu, mes parents étaient cultivateurs. Quand je suis né en 1915, mon père était mobilisé combattant en Alsace et je l’ai vu pour la 1ère fois alors que j’avais 3 ans et il m’a bien effrayé. J’ai dit à la voisine Marie Garrignot : « tu sais y a un soldat qu’est venu coucher avec ma maman ».
Mon enfance à La Villedieu a été une enfance heureuse, le village était une famille avec sa simplicité, son entente, son langage en patois, ses traditions maintenues. 
C’est en 1926 qu’il a fallu partir, quitter ses maisons, ses propriétés, ses forêts, se séparer de ses voisins, de ses amis et s’en aller avec bétail, meubles et bagages vers d’autres lieux, vers d’autres endroits nullement affectivement choisis mais seulement acquis par nécessité. On était terriblement attristé, mais nous avions un sens civique très aigu. On a accepté de partir, comme des moutons, et pourtant nous avons souffert. C’était plus lugubre que la mort. Et il a fallu continuer à vivre, à s’intégrer à la manière des émigrés d’aujourd’hui et certains sont morts de chagrin.
Mes parents se sont installés sur Bouclans à la « grange du Chenil » proche de la ferme de Villorbe. Et c’est là qu’ils sont morts, relativement âgés et j’ai continué à vivre à Bouclans où je me suis fait de nombreux amis. »


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